Buster-Chapitre 2

Buster, écrit par PandaManJB

Chapitre Second


(Histoire fictive, toute resemblance avec des personnages réels ou fictifs est un pure coïcidence. seul le personnage de Buster n'est pas une de mes créations, il est la propriété du créateur et possesseur de ce site http://www.furnation.com/busterwilde/index.html)

Une ville. La nuit. Il ne fait pas chaud. Il ne fait pas froid non plus. On est « juste bien ». C’est une nuit où peut importe ce que l’on mette, fasse ou aille, on sait que tout va bien. Une légère brise rafraîchit l’air, comme pour réduire la chaleur emmagasinée la journée par le bitume.
Le soleil vient de se lever, le matin est tout juste arrivé, encore tout frais de la rosée du matin. Les oiseaux chantent et une petite brise portent leurs chipchip au loin pour les faire résonner dans les oreilles des premiers passants.
Aux yeux de tous les lèves-tôt dégustateurs de caféine et d'autres moteurs de la vie matinale de toute ville qui se respecte, c'est le signe d'une magnifique journée qui vient de commencer.
Tous se lèvent avec le sourire et la joie dans l'âme pour travailler, aller à l'école ou s'occuper de la maison aujourd'hui. Autour des tables, on échange les mêmes banalités et annoncent les mêmes emplois du temps et programmes que la veille, qui sous l'action réparatrice du soleil, ont subitement une autre valeur, une autre odeur, un nouvel angle, un on-ne-sait-quoi qui change tout; et qui rend ce matin si unique et nous le fera nous en rappeler toute la semaine. Car il illuminera notre travail d'habitude si morne et nous donner un sourire dont nos tous collègues ne cesseront de nous demander l'origine et, croyant flairer une maîtresse ou tout autre folie du même acabit, feront naître les pires soupçons. Soupçons dont nous n'aurons nous-même rien à faire puisque tout glissera sur nous ce jour-là. Nous serons invincible, motivé, heureux, ça fera chier tout le monde et on n'en aura carrément rien à foutre. Rien ne nous arrêtera, puisqu'aujourd'hui le soleil lui-même nous fera grandir comme il a fait grandir notre propre estime par la simple caresse de quelques un de ces rayons.
Et lorsqu'on aperçoit qu'on a vu tout cela rien que dans notre bouillant café matinal, notre journée s'en trouve une fois encore embelli par tous les évènements merveilleux qui doivent nous arriver. Car quand une journée commence comme ça, c'est obligatoire. Rien ne peut et rien ne doit arriver.

Seulement ce matin, un rot sonore perturbe nos élans bucoliques. Il semble provenir du parc. Plus particulièrement de la pelouse centrale, sous un des rares arbres supposé donner du relief et de la vie à ce morne paysage vert golf, où un homme est allongé.
Il dort profondément, son corps lové entre les maigres racines dépassant du sol pendant que des feuilles tombent de temps en temps autour de lui. Un attaché-case en cuir usé trône à quelques pas de lui, sa cravate orange pâli par l'usure est défaite et une de ses chaussures en cuir mal ciré est accroché à une branche basse, pendant lamentablement dans un léger mouvement de balancier suisse.
Sa bedaine fait crisser et grincer les boutons d'une chemise déjà jaunie et distendu par la transpiration, mais dont le résultat s'accorde, assez bizarrement d'ailleurs, avec le coloris de mauvais goût du complet enrobant le tout. Les chaussettes étant le seul élément jurant véritablement avec le tout.
Il grogne et tourne. Il se sent mal car il a mal au dos et au cou. Il ouvre enfin les yeux et s'assied en s'étirant.

«Hum... Aie... aah... ça craque... Saleté. Huun... bon, où ch'ui? Du vert, des arbres, des piafs et des... fourmis! »

Il écrase alors les pauvres et inocentes bébêtes qui lui grimpaient dessus.

« ... y'a pas de doute, c'est le parc. Alors la sortie... est par là. Quelle heure il est...? 8h49, je suis en retard. *BAILLE*. Comme d'hab'. Mon chef va m'emmerder... comme d'hab'. »

Il se fait craquer le cou.

« Je ne peux pas manger avant la pause café car je ne suis pas chez moi... et je me suis encore bloqué le dos car j'ai dormi, encore, dehors sans savoir comment j'ai atterri ici. *SOUPIR* Y'a pas de doutes, c'est une autre journée de merde qui commence.. Comme d'hab'.»

Il se lève, s'époussète, récupère (après moult efforts) la chaussure et son attaché-case, tente de rabattre ses cheveux en arrière pour s'éviter le reproche de cacher sa calivitie et se dirige vers la sortie, assailli par ses premières pensées quotidiennes:
Comment il a atterri là? Il en sait rien. C'est le blanc. Qu'a-t-il fait hier soir avant ce fameux blanc? Il est allé se coucher après s'être douché, lavé les dents et mis sa crème pour pieds secs . Il a posé la tête sur l'oreiller... et puis plus rien. Il n'a rien bu. Il n'a rien fumé. Certes, il aime grignoter devant la télé le soir, mais c'est pas un sandwich nutella-rillettes-emmenthal qui crée les somnambules et...

« Et merde, il manquait plus que ça... »

...et laisse les orteils s'agiter en plein air. C'est déjà sa troisième paire en quatre mois. Ne pouvant rien y faire, il commence le sempiternel chemin vers son boulot. Il a à peine fait trois pas qu'il lève les yeux et pousse un énième juron.
Son portefeuille vient de tomber de la poche intérieure de sa veste, celle-là même qu'il a reprisé il y a à peine trois jours. En tombant, il s'est ouvert sur sa carte d'identité. On peut y déchiffrer son nom: Bernard.
Il le ramasse et le range en maugréant, pestant sur ces détails inconfortants indiquant une journée de merde et qui l'ont toujours poursuivit quoi qu'il fasse et où qu'il aille. A force, il a fini par ne reperer que les détails des jours qui vont vraiment mal finir.
Pour ne citer que quelques-uns, il y eu le jour de la mort de sa mère cinq jours avant ses 68 ans, l'internement de son père en maison de retraite quatre semaines plus tard lorsque l'on apprit qu'il gardait caché du matériel de maquisard dans son grenier et avait essayé de se débarasser du chien hurleur du voisin qui lui rapellait les pleurs de se défunte femme ou encore le jour où sa propre femme l'a quitté pour la simple raison qu'il était chiant, raison d'ailleurs approuvé par son père quand il l'appela en quête de réconfort.
Il maugréait aussi parce qu'il n'aimait pas son prénom. Il y avait plein de gens à qui ce prénom allait si bien... à tous les Bernards qu'il connaissait de plus ou moins près en fait, mais pas à lui. Malgré plusieurs tentatives journalières, depuis ses douze ans jusque du haut de ses trente-huit ans actuels, il n'avait toujours rien trouvé de plus adéquat et continuait donc de traîner son prénom comme une tempête traîne ses nuages.

Il sort du parc, tourne à droite et parcourt deux cents mètres avant de se rendre compte qu'il va dans la mauvaise direction. Il fait bien évidement demi-tour, toujours en râlant aussi et descend dans la première station qu'il voit. Une fois assis dans la rame, il a une pensée positive:

« Même si j'suis en retard, j'suis assis... »

Il regarde sur le plan du métro affiché au-dessus des portes et soupire:

-Six stations... seulement six stations mais avec trois changements... j'adore dormir dans le parc!
-T'en veux un coup ? dit le SDF assis à côté de lui en lui tendant sa bouteille de villageoise déjà à moitié vide. Ca t'f'ra d'bien.

Bernard considére la bouteille aussi crasseuse que les mains de son propriétaire avant de répondre d'un ton sec:

-Nan, pas besoin.
-Ca pourrait t'être utile, t'sais... si t'as b'soin d'être l'premier homme. Comme moi.
-Le premier homme?
-Oui.
- ...
-Je suis le premier homme!!

Le SDF appuie la fin de sa phrase avec une nouvelle lampée.

-C'est quoi le premier homme?
-Mais... c'est moi!
-Oui, mais ça me dit pas ce qu'c'est le premier homme.
-C'est moaaaa...
-J'ai compris ça... ça implique quoi? Quand vous dîtes que vous êtes le premier homme, ça veut dire quoi?
-Mais... t'es con ou quoi?
-Vous allez me répondre ou j'appelle un contrôleur?
-Pour payer une amende? Avec quel fric?
- ...
-Hé hé hé, t'es p'tet plus éduqué que moi mais t'as pas beaucoup de répartie...

Il se frotte le monosourcil d'agacement:

-Vous allez me répondre ou je vous fous votre villageoise dans le cul?
-Si ça m'avait permis de la garder, je l'aurais fait avec plaisir...
-Mais vous l'avez dans... votre...

Il se frotte le menton, un peu géné d'avoir pensé à une partie du corps d'un SDF qu'on préfère ne jamais imaginer.

-Ce n'est pas de cette villageoise-là que je parle...
-Mais moi si!!
-Calmez-vous, calmez-vous!
-SALOOOOOPE!!! POURQUOI T'ES PARTIE?!!
-Euh...

Voyant alors que les quelques personnes présentes dans la rame les foudroyaient du regard, les maudissant d'avoir osé les sortir de leurs torpeurs d'habitués aux transports en communs, il jugea bon de renvoyer son compagnon de siège à ses propres habitudes:

-Buvez un coup?
-Bonne idée chef... (Glou glou glou glou glou...)
-Eh beh, sacré lampée...
-Mais ça fait du bien où ça passe.
-Pas de détails, merci.
-Bon le premier homme...
“Je suis sûr que c'est con, mais il faut que je sache maintenant qu'il m'a gonflé avec” pensa Bernard.
-Je suis... roulement de tambour... broooooooo... le premier homme. Le premier homme sur Terre!
-... Hein?!
-Je suis le premier homme arrivé sur Terre.

Devant la hauteur de cette révélation et s'appercevant que la rame ralentissait pour son premier changement, il préféra jouer l'intéressé:

-Ah bon? Mais dîtes-moi alors, vous êtes le premier australo?
-MAIS KESTUM CHANTES?! CHUI PAS D'AUSTRALIE MOI!!

Ce à quoi il échoua lamentablement.

-Ah bon... bah tant pis alors.

Et il s'éclipsa, préférant ne lui laisser ni le temps de répliquer et encore moins celui de le suivre.


Fin du Chapitre 2

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